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Les Travaux de Michel Adanson sur la langue wolof (Par Madame Arame FAL, linguiste)

Les écrits en wolof ou sur le wolof sont relativement anciens, les premiers titres signalés datent du 18ème siècle. Ils sont surtout à l’actif d’explorateurs, de missionnaires et d’administrateurs coloniaux. On peut citer en particulier les documents linguistiques réalisés par le naturaliste français Michel Adanson qui séjourna au Sénégal de 1749 à 1753 et qui nous sont

connus grâce à la patience et la détermination de Charles Becker et de ses collaborateurs (voir références ci-dessous).

Il faut dire que Michel Adanson a également travaillé sur d’autres langues locales. C. Becker cite ainsi l’ébauche d’un dictionnaire polyglotte avec le maure, le sereer, le bambara, le pulaar, le soninke, le manding, le noon, le papel etc., toutes langues parlées dans la sous-région.

 
S’agissant précisément du wolof, les documents linguistiques publiés par C. Becker comprennent essentiellement « la grammaire ouolove abrégée », un vocabulaire thématique français-wolof d’un millier de termes, des contes, dont certains sont traduits en français, ainsi que deux poèmes en wolof.

Il apprend d’abord la langue. Pour la motivation qui l’anime, il explique : « je compte entendre assez bien cette langue dans six mois, ce qui me sera extrêmement utile pour sçavoir immédiatement des nègres ce que je leur demanderai, car nos interprètes ne nous rendent pas la moitié de ce qu’on leur dit ». Du point de vue de la méthode d’apprentissage, il pratique l’imprégnation, en fait la méthode moderne d’apprentissage des langues : « j’apprends la langue des Ouolofers que j’entends passablement pour le peu de temps que je suis dans le pays, et le peu d’heures que je donne à cet exercice tous les jours, car je ne vais dans les cases des nègres que pendant une heure ou une heure et demie au plus, le soir après souper depuis 8 heures jusqu’à 9… ».
Adanson se pose ainsi en précurseur et applique la méthode moderne d’apprentissage des langues vivantes par imprégnation. Car il est bien conscient qu’une langue ne s’apprend pas à coup de règles de grammaire, elle s’apprend d’autant plus facilement qu’on la pratique. Au vu des productions qu’il a réalisées et que nous passerons en revue progressivement, on peut affirmer qu’il a rempli honorablement sa mission.

Nous donnons ci-dessous des extraits des traductions qu’il a réalisées.

Il fait lui-même ce commentaire : « Pour donner une idée encor plus juste de la briéveté de la précision et de l’énergie de la langue ouolofe, surtout dans le stile tendre, je vais traduire littéralement en cette langue deux morceaux très estimés de ce genre, sçavoir La liberté et Le repentir du célèbre poète italien Metastase » Il s’agit ici de Métastase Pierre (1698-1782), poète italien, dont les livrets furent à l'honneur dans l'opéra du XVIIIe siècle… Dans les lignes qui suivent, nous présentons La liberté, Le Repentir suivra dans une autre livraison.


I. La liberté ; à Nice (traduit de l’italien)

 



1. Enfin à présent dans ma tête (càd mon esprit)
2. J’ai la liberté de ma tête, Nice :
3. Enfin un Dieu me regarde comme un de ses malheureux
4. Il daigne venir à mon secours et me protéger
5. Je vois avec plaisir que mon sang (càd mon cœur)
6. Est sorti des fers de ton cœur
7. À présent, je suis tranquille à ton sujet
8. Je ne pense plus pour cette fois
9. À ce qui fait la liberté de ma tête.

I. Sàgo ; kia Komb (traduction d’Adanson, à partir du texte précédent, avec son propre système orthographique)

1. Kregéna lègenn ki sou ma bop
2. Amna sou ma sàgo bop, Komba
3. Kregéna ialla dina ma seet ki ndogal ialla gi
4. Bougé dek ki man mou seet ma
5. Seetna ak ba néèr s’ma déret
6. Gennonn géng ki sa rhol
7. Lègenn nopélouna ki io mann
8. Dou ma krélat lègenn le dour sou ma giambour bopp

I’. Sago : ca Kumba (reproduction du texte ci-dessus avec l’orthographe officielle du wolof)

1’. Xej na léegi ci suma bopp
2’. Am naa suma sago bopp, Kumba
3’. Xéj na Yàlla dina ma seet ci ndogal Yàlla gi
4’. Bugg a dikk ci man mu seet ma
5’. Seet naa ak bànneex sama deret
6’. Génnoon jéng ci sa xol
7’. Léegi noppalu naa ci yow man
8’. Duma xalaat léegi lu dul suma jaamburu bopp

 

Remarque:
1. Il n’est pas sûr que les mots wolof en gras aient été déchiffrés correctement.
2. Adanson a donné son nom au baobab (Adansonia digitata).

Sources:
1. Documents inédits d’Adanson sur la langue wolof, publiés et commentés par C. Becker, V. Martin, C. Mbodj, Kaolack, 1979, 60 pages.
2. Mémoires d’ Adanson sur le Sénégal et l’île de Gorée, présentés et publiés par C. Becker, V. Martin, in Bulletin de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire, Tome 42, série B, n° 4, octobre 1980

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