osad3.jpgosad5.jpgosad4.jpgosad1.jpgosad2.jpg

Note utilisateur: 4 / 5

Etoiles activesEtoiles activesEtoiles activesEtoiles activesEtoiles inactives
 

Contexte sociolinguistique
La population du Sénégal s’élève à près de 10 millions d’habitants, d’après les premiers résultats du Recensement Général de la Population et de l’Habitat III de 2002. Le français est la langue officielle, bien que n’étant pas compris par les trois quarts de la population. C’est la langue de l’administration, de l’école à tous les niveaux, de la justice, de la presse écrite, de l’affichage public, des affaires au plan formel etc. Les textes de l’État et les lois sont écrits dans cette langue.


Quant aux langues autochtones, le Sénégal en compte une vingtaine, qui ont toutes vocation d’acquérir le statut de langues nationales au fur et à mesure qu’elles seront codifiées, c’est-à-dire dotées d’un système orthographique, comme le stipule l’article premier de la Constitution. Pour l’instant, une quinzaine d’entre elles remplissent cette condition. Parmi ces dernières, on peut citer les six langues dites de première génération (wolof parlé par 70,9% de la population sénégalaise selon les chiffres officiels du recensement général de 1988), pulaar (21,1%), sereer (13,7%), manding (6,2%), joola (5,2)%, soninke (1,4%). Ces langues ont été dotées officiellement d’un alphabet dès les premières années de l’indépendance, en 1968 précisément. Elles sont utilisées dans l’alphabétisation et certaines d’entre elles dans les expériences menées dans l’éducation formelle. Quatre de ces langues : le manding, le pulaar, le soninke, le wolof sont des langues transfrontalières, elles ont statut de langues nationales en Gambie, en Guinée, au Mali, et en Mauritanie.
Pour chacune de ces langues de première génération, on dispose de descriptions généralement réalisées dans le cadre de mémoires ou thèses universitaires, au Sénégal, dans les États partageant les mêmes langues ou dans les universités américaines et européennes. Ces études donnent une vue d’ensemble sur la phonologie, la lexicologie et la structure grammaticale de la langue concernée. Elles ont permis de réaliser les travaux de recherche appliquée qu’exige l’utilisation concrète des langues nationales dans le secteur moderne, en particulier dans l’éducation. Parmi ces travaux figurent en bonne place les dictionnaires généraux, les dictionnaires terminologiques, orthographiques, les grammaires pratiques, les manuels didactiques dans différents domaines etc. À partir de ces documents de base, tout autre type de recherche appliquée pourrait être réalisé dans des délais d’exécution rapide, grâce aux moyens informatiques.
Les langues nationales, surtout le wolof, sont d’une très grande vitalité dans les communications orales ; elles sont largement utilisées dans tous les actes de la vie quotidienne, dans la presse audio-visuelle, les sermons religieux aussi bien au niveau des Musulmans que des Chrétiens, la publicité etc. Elles sont devenues les moyens d’expression privilégiés de la chanson avec des vedettes d’audience internationale comme Baaba Maal (pulaar), Youssou Ndour (wolof), les Turekunda (manding) etc. Elles conquièrent de jour en jour de nouveaux domaines d’utilisation dans le secteur de la vie publique, débats sur des sujets d’actualité, séminaires de formation pour le secteur non formel, conférences de presse etc. Elles conquièrent de jour en jour de nouveaux domaines d'utilisation dans le secteur de la vie publique, débats sur des sujets d'actualité, séminaires de formation pour le secteur non formel, conférences de presse etc.
La littérature écrite en wolof
Il faut dire, en le regrettant vivement, que la littérature a peu de place dans les programmes d’alphabétisation, la raison en est que certains opérateurs ont une conception étroitement productiviste de l’alphabétisation fonctionnelle, au point que les seuls documents éligibles, en dehors des manuels relatifs aux acquisitions de base pour la lecture et l’écriture, sont relatifs aux thèmes fonctionnels développés par l’opérateur (environnement, gestion, maraîchage etc.). Or il est extrêmement important de cultiver le plaisir de lire par les œuvres de fiction, sans compter que ces dernières offrent des sujets de discussion lors des débats organisés au cours des séances d’animation. Contrairement aux idées reçues, certaines des langues nationales ont une littérature écrite bien assise. C’est en particulier le cas du wolof et du pulaar.
La littérature en caractères arabes
La littérature écrite en wolof a pris naissance dans les centres d’éducation islamique, grâce à l’alphabet arabe que les marabouts ont su adapter à la phonie de ces langues, en particulier pour les sons qui n’existent pas en arabe comme les sons [p], [ñ] etc. C’est ce système d’écriture qu’on appelle wolofal. A ses débuts, cette littérature n’était connue que des initiés sachant décoder les caractères arabes et peut-être du public restreint qui a porté attention aux poèmes chantés par les mendiants, lors des tournées quotidiennes qu’ils effectuaient dans les maisons dans certaines grandes villes comme Saint-Louis. Cette forme de diffusion somme toute limitée à ses débuts a connu un développement notable avec l’avènement des cassettes et ce dans une large mesure grâce au dynamisme de certains adeptes des grandes confréries religieuses du Sénégal à la fois comme créateurs littéraires, producteurs et vendeurs de cassettes. Il convient également de souligner l’impact des poèmes déclamés lors des Gàmmu (commémoration de la naissance du Prophète Muhammad) et Màggal (commémoration du départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, Khalife des Mourides) organisés régulièrement à travers le Sénégal et aussi aux États-unis et en Europe. Les thèmes abordés ne sont pas seulement religieux, comme pour manifester l’allégeance des poètes vis à vis de leur marabout, mais aussi sociaux, comme le problèmes liés à la sécheresse et ses conséquences, au comportement des femmes, à l’amour etc. La difficile situation économique du Sénégal en 1929 a pu influencer les le poète Moussa Ka dans Xarnu bi « Le siècle ». Il faut dire que les œuvres de ces maîtres ont inspiré beaucoup de vedettes de la chanson en langue wolof. C’est un moyen efficace de promotion. La translittération de ces œuvres dans les caractères latins, réalisée dans le cas de Serigne Moussa Ka et de Serigne Mbaye Diakhaté (autre poète Mouride) par les Laboratoires de Linguistique et d’Islamologie de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire, a permis une meilleure vulgarisation auprès des francophones (universitaires, instituteurs, fonctionnaires de l’administration etc.) mais aussi auprès des néo-alphabètes qui ont été alphabétisés avec les caractères latins. Ils ont influencé les écrivains qui utilisent les caractères latins.
La littérature en caractères latins
Parmi les auteurs utilisant ces caractères, il convient de citer le célèbre écrivain francophone Cheik Aliou Ndao (l’auteur de Buur Tilleen, roman en wolof, puis traduit en français et publié par Présence Africaine) ainsi que Assane Sylla, docteur-es-lettres en philosophie, qui en plus de sa production personnelle a traduit des poètes comme Leconte de Lisle, Victor Hugo etc. Ce sont là les pionniers qui sous l’égide de Cheikh Anta Diop, et avec la participation de Abdoulaye Wade, Président de la République du Sénégal, Saliou Kandji et autres, ont créé en 1958 à Grenoble le premier syllabaire de langue wolof Ijjib Wolof. Il y a ensuite Mamadou Diarra Diouf et Cheikh Adramé Diakhaté qui ont écrit sur les thèmes respectivement de la maltraitance des femmes avec Yari Jamono « La leçon de correction» et l’émigration vers l’Europe avec Janeer (« mirage » en wolof). Dans ce dernier livre écrit en 1997, l’auteur, en visionnaire traite d’un sujet qui tient l’actualité aussi bien en Europe qu’en Afrique, particulièrement au Sénégal, point de départ de la plupart des pirogues qui bravent l’Océan Atlantique. Dans Doomi golo « littéralement : les petits du singe », Boubacar Boris Diop, autre grand nom de la littérature francophone jette un regard critique sur le gouvernement de l’alternance qui est en place au Sénégal depuis 2000.
Le conte est magistralement représenté par Maam Daour Wade, conteur-écrivain, scénariste et réalisateur de films, avec une production importante. (Pour une information détaillée sur cet aspect, écrire à l’OSAD qui transmettra à l’auteur).
S’agissant précisément du conte, il a produit des collections pour enfants : « Léebi Wolof » (Contes Wolof 1979, Prix Unicef Foire du Livre et du matériel didactique de Dakar 1993) et « Ngaari Mawndi » (Le taureau fantastique, un ouvrage bilingue (Wolof/Français, édité par BLD (Bibliothèque Lecture et Développement) en 1997.
Il a également réalisé un recueil de 500 Proverbes Wolof « Léebuy Wolof ». Maam Daour WADE est lauréat du Prix littéraire Kadima 2002 de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie pour son ouvrage : « Les Restes des fils d’Adam / Ndesiti Doomi Adama », (Paris : AIF ; Mons ; CIPA, 2004.- 116 p.), édité par le Centre International de Phonétique Appliquée (CIPA), dans le cadre d’une nouvelle collection : « Diversité linguistique et société ».
Mame Younousse Dieng, directrice d’école qui a traduit, dans les années 60 l’hymne national du Sénégal en wolof, est l’auteur du roman Aawo bi « La première épouse », et aussi de L’ombre en feu, roman en français qui a été présélectionné il y a quelques années pour le Grand Prix du Président de la République. Kura Saar n’a pas fréquenté l’école française, elle a seulement suivi des cours d’alphabétisation en wolof. Elle est actuellement vendeuse de crevettes au marché Elisabeth Diouf de Dakar. Elle aborde dans ses poèmes les méfaits de la colonisation tout en dressant un plaidoyer contre le xeesal « blanchiment artificiel de la peau ». Mame Ngoy Cissé est secrétaire à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire. À force de travailler sur des textes wolof, pour les besoins de publication, elle a fini par en maîtriser l’écriture. Et c’est la belle occasion pour elle de reprendre dans Liggéeyu ndey : añub doom « Le travail de la mère : le salaire de l’enfant », les fables que lui contait sa mère. Ndey Daba Ñaan, secrétaire puis facilitatrice dans des projets d’alphabétisation, auteur de Séy Xare la « Le mariage, c’est un combat », parle des difficultés du couple en mettant en exergue la violence physique du mari sur sa femme. La plupart des auteurs cités sont regroupés au sein de l’Union des Écrivains en langues nationales (UESLAN) dont le président est Cheikh Adramé Diakhaté, professeur de français au lycée Abdoulaye Sadji de Rufisque, près de Dakar. Cette association, née au début des années 90, travaille courageusement à la promotion de la littérature en langues nationales, par le biais de conférences et émissions radiophoniques.
Cette revue forcément incomplète n’a d’autre but que de montrer l’émergence d’une production littéraire en langues nationales, émergence à laquelle l’OSAD a largement contribué en s’attachant, dès le début, non seulement à rompre la logique productiviste qui excluait la littérature du champ d’intérêt des néo-alphabètes mais aussi à imposer la qualité pour le livre en langues nationales.
L’OSAD entend poursuivre progressivement son activité éditoriale pour la satisfaction des besoins dans tous les domaines de compétence requis pour l’éducation de base des populations. Ainsi, avec la mise en œuvre de la politique de décentralisation et le besoin pressant de formation au niveau des élus locaux dont une grande partie est analphabète, elle a entrepris l’élaboration d’un manuel sur l’éducation à la citoyenneté.

Joomla templates by a4joomla