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La langue  wolof peut-elle « argumenter » ? *
Argumenter c’est quoi ?
Je m’arrête à cette définition de « argumenter » sur le net :
•    faire connaître sa position, sa thèse,
•    la faire admettre à un lecteur ou à un auditoire,
•    ébranler des contradicteurs, faire douter un adversaire, faire basculer les indécis,
•    contredire une thèse opposée, critiquer une position contraire ou éloignée,
•    démontrer avec rigueur, ordre et progression,
•    se mettre en valeur,
•    servir une cause, un parti, une foi…
Au vu de cette définition la réponse est bien sûr oui, le wolof peut « argumenter », comme toutes les langues du monde.
Avec quelles ressources linguistiques ?
•    Dans le Précis de grammaire fonctionnelle de la langue wolof que j’ai publié en 1999 – et que je me fais le plaisir de vous adresser-  j’en ai relevé un certain nombre de la page 95 à 99. Les éléments que j’ai appelés globalement particules et qui correspondent certainement aux « connecteurs logiques » évoqués par les auteurs, regroupent :
-    les particules de mise en valeur : it, itam, kepp, kese, kott, daal, moos etc.
-    les particules adnominales : lenqe, lëmm etc.
-    les particules comme ngalla, rikk etc.
-    les particules exprimant la concession, l’opposition, la conséquence comme naam »certes », waaye, moona, moonte, boon, kon, etc.
-    les conjonctions : ndegam, ndax, ngir etc., sans compter les expressions comme rawatina, rax ci dolli. Cheikh Anta Diop a largement usé de ces expressions : ak lu mën a xew « en tout cas », ci weneen waxin « en d’autres termes », gën caa rawe « en particulier » etc.
On n’oubliera pas le rôle important des proverbes, devises et autres, par lesquels très souvent l’énonciateur impose son point de vue… : Yàlla Yàlla : bey sa tool/  dige bor la/ ku ëmb sa sanqal, ëmb sa kersa/…
Voilà quelques unes des nombreuses possibilités qu’offre la langue wolof et on pourrait en dire autant de toute autre langue. Le reste c’est le travail concret des hommes... Que chacun, dans son domaine de compétence linguistique et scientifique réalise un traité de philosophie, de mathématique, de chirurgie etc., à l’instar de Cheikh Anta Diop.
S’agissant maintenant de la baisse de niveau en français, je pense effectivement, qu’il faut en chercher les causes ailleurs : avec l’absence de la première langue qu’ont invoquée Messiers Thierno Guèye et Khadim Ndiaye, je noterai l’inadéquation d’une politique linguistique qui exclut de la sphère officielle les langues que comprennent les populations dans leur écrasante majorité, ce qui réduit considérablement les possibilités d’interaction entre l’école et le milieu réel. En somme, comme le disait Cheikh Anta Diop, on ne peut pas développer un pays avec une langue étrangère (voyons l’exemple de la Corée et de la Turquie, souvent citées au Sénégal pour leur performance en matière de développement). Je ne terminerai pas cette rapide revue sans parler de la formation initiale des instituteurs, il faut en augmenter la durée, tout en pensant non seulement à l’actualisation des contenus et des programmes, mais aussi à la rénovation de la démarche pédagogique.
Arame Fal


*Ce texte s’inscrit dans le cadre du débat suscité par l’interview du Professeur Bachir Diagne à l’émission « Le Grand Rendez-Vous » de 2STV, il fait suite à la contribution de Messiers Thierno Guèye et Khadim Ndiaye, publiée dans les commentaires du site Xalima.
 


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